Un an après les mesures compensatoires

 

Après plus d'une année, nous pouvons estimer l'efficacité et la suffisance des mesures compensatoires réalisées : c'est pas brillant !

Je vous invite à découvrir ci-dessous notre analyse, réalisée avec l'aide de plusieurs experts de l'environnement :

 Les trous d'eau creusés pour remplacer les mares détruites ne sont pas assez profonds et sont trop petits. Pendant les mois de juillet et août, ces grosses flaques sont asséchées. Il s'agit là d'un point d'une importance capitale car les tritons ne peuvent survivre dans de bonnes conditions que dans des mares en eau toute l'année. Par exemple, on trouve couramment le triton palmé jusqu'à 10 mois par an en phase aquatique, les deux mois de phase terrestre correspondant à l'hivernage. Le moment de l'année où les tritons séjournent le plus longtemps dans l'eau correspond à la période de reproduction.

 Les zones d'hivernage (amas pierreux et talus situés dans le pré à proximité des mares proches des terrains militaires, amas pierreux recouverts de taillis touffus situés en bordure du pré au niveau de la haie avec les terrains militaires) ont été presque totalement détruites. La route en construction coupe le chemin allant des zones d'hivernage restantes aux mares. Les tritons devront donc traverser la route. Ce point est également d'une très haute importance car il concerne les cycles biologiques vitaux des tritons. La reconstruction de zones d'hivernages protégées et bien situées est donc nécessaire.

 Nous pensons que la nature et la configuration des trous d'eau remplaçant les anciennes mares nuisent à l'heure actuelle aux tritons pour les raisons suivantes :

- pratiquement aucune végétation n'est présente dans ces mares (seul quelques touffes de végétation ont été implantées). Comme ces nouvelles mares sont assez petites et très peu profonde, des hérons et des canards se sont fait un festin de tritons juste après le commencement de leur phase aquatique : les tritons ne peuvent pas se cacher, et les oiseaux arrivent à les dénicher au plus profond de chaque mare (les hérons ont pied même au milieu de ces trous d'eau). Ce phénomène a été très important. J'ai observé à plusieurs reprises un héron se repaître dans ces mares. Alors que plusieurs centaines de tritons sont censées avoir élu domicile dans ces mares en raison de la disparition de leurs mares habituelles, nous n'avons dénombré, au 15 avril 2001, que quelques individus, mais avons pu observer de très nombreuses empreintes d'oiseaux tout autour des trous d'eau. Il est donc nécessaire de creuser d'avantages les mares, et voire d'y introduire quelques caches (grosses pierres entassées par exemple)

- les nouvelles mares, en raison de la jeunesse et du manque de végétation, n'abritent encore aucun écosystème complet. Il ne s'agit aujourd'hui quasiment que de trous avec de l'eau. Par conséquent, très peu d'animaux y vivent. En fait, il n'y a rien à manger pour les tritons : ceux-ci vont donc mourir de faim et manger leur propre progéniture, comme cela a déjà été observé lorsque les ressources naturelles sont insuffisantes. Pour agir correctement, il aurait fallu réaliser des mares plus grandes et profondes, ne détruire les anciennes mares qu'après une ou deux années, le temps qu'un écosystème accueillant aux tritons se soit créé dans les nouvelles mares.

- les nouvelles mares sont situées en contrebas. Elles vont donc recevoir des écoulements d'eau pollués et chargés en terre, ce qui entraînera l'envasement et la détérioration de la qualité de l'eau. Déjà peu profondes et de surface réduite, ces mares risquent alors de s'enherber et de s'assécher. Il serait intéressant de réaliser de nouvelles mares assez importantes et profondes en partie haute du champ, et du côté de la route en construction opposé à village de Saulxures.

- Concernant la qualité de l'eau des mares, situées sur les parties hautes du champ (nord-ouest) près de la clôture des terrains militaires, les mares qui ont été détruites bénéficiaient d'une eau de particulièrement bonne qualité, et n'avaient pas à supporter d'écoulements d'eau boueuse de nature à les envaser. On peut dire que ces mares étaient exceptionnelles par la qualité de leur eau et par leur maintien dans le temps sans intervention humaine de curetage. En effet, les buissons situés le long de la clôture, juste au-dessus des mares, stoppaient les ruissellements de surface, et absorbaient les éléments polluants. Une eau de qualité dégradée alimente les mares restantes, car la pluie lave le sol du pré défoncé par le bétail, recouvert d'excréments de bovins et de chevaux, et enrichi en engrais, avant de venir s'écouler dans ces mares situées plus en contrebas. Ce phénomène provoque un envasement plus important, ce qui explique la moindre profondeur, et donc la moins bonne conservation des mares restantes. A long terme, celle-ci se combleront naturellement plus rapidement. En ce qui concerne les polluants et engrais, il faut savoir que les tritons y sont particulièrement sensibles, même à très faible dose. De nombreuses études l'on démontré. On sait maintenant par exemple, que les tritons sont intolérants aux nitrates, même à faible concentration. Ces polluants entraînent chez eux l'apparition de difformités physiques et de paralysies conduisant à la mort. Dans le meilleur des cas, les symptômes sont la perte d'équilibre, d'appétit, une diminution des capacités de reproduction. Afin de renforcer les chances de survie des tritons, il serait donc très intéressant d'interdire l'utilisation d'engrais dans ces prés, et d'implanter des taillis en amont et à proximité des mares. Il faut également s'assurer qu'aucun écoulement d'eau de la route ne passe dans les prés et n'arrive dans les mares.

- la végétation qui s'établira sur le merlon ne devra pas être soumise à l'emploi de produits chimiques, par exemple de nature à diminuer la croissance de l'herbe, car les ruissellements entraîneront l'eau polluée vers les mares situées en aval (à moins que la preuve soit faite que ces produits soient sans aucune conséquence sur l'écosystème et en particulier les espèces sensibles). Par contre, le merlon pourrait être utilisé comme zone d'hivernage en l'aménageant d'amas pierreux, de souches, et de buissons touffus.

- Les tritons comme les crapauds voyagent à la recherche des points d'eau. A cause de la présence du 4ème tronçon à proximité des mares, de nombreux tritons seront écrasés. Il serait utile de réaliser un muret ou une sorte de filet, qui empêche aux tritons de traverser la route car les pertes engendrées peuvent être très lourdes. Toutes ces causes d'élimination des tritons n'existaient pas auparavant autour des mares de Saulxures. Donc, la mortalité sera plus forte et les populations de tritons forcément plus en péril.

- les nouvelles mares sont plus proches des habitations. Il y a donc un risque accru que des poissons ou tortues y soient déposés, ce qui signifierait la disparition assurée des tritons.

 Lorsque le comblement des mares a été effectué, des tritons se trouvaient déjà dans celles-ci, le redoux de janvier ayant entraîné les tritons à retourner dans l'eau dès le début de février. Il aurait aussi fallu décider de ne pas entreprendre les travaux de comblement des mares lorsque le constat a été fait que des tritons y séjournaient déjà, ou bien commencer les travaux plus tôt dans l'hiver.

 Le calendrier de réalisation des travaux, prétendu prendre en compte les cycles de vie des tritons pour mieux protéger ces derniers, n'a pas été conçu pour assurer au mieux leur survie mais pour "régler le problème au plus vite". Par exemple, pour bien faire, il aurait fallu réaliser les nouvelles mares une ou deux années avant de détruire les anciennes, afin qu'un écosystème puisse s'y créer et que de la nourriture soit présente pour les tritons. D'ailleurs, il n'y a pas dans l'écosystème des mares de Saulxures que 4 espèces de tritons et une espèce de salamandre (salamandres tachetées) qui soient fragiles et sensibles, mais également des espèces végétales très intéressantes, en particulier des espèces aquatiques, ou semi-aquatiques (voir le rapport de la société Ecolor). Là aussi, un prélèvement et une transplantation autour et dans les nouvelles mares auraient dû être réalisés et suivis pendant une ou deux années avant la destruction des anciennes mares.

 Comme cela a été indiqué par la société Ecolor qui a réalisé une synthèse de terrain, les mares qui existaient ici étaient exceptionnelles. Une des preuve en est la présence de plusieurs espèces particulièrement sensibles. Pour toutes ces raisons, je vous demande de bien vouloir arrêter au plus tôt la construction du 4ème tronçon de la liaison A330 - RD2 bis - RN74, et de retarder suffisamment la reprise des travaux le temps qu'une analyse sérieuse de l'impact sur la faune et la flore des mares soit réalisée et que des mesures de protection réelles et efficaces soient prises. Je pense en premier lieu au creusement de nouvelles mares plus profondes et plus vastes munies de caches, à la reconstruction de zones d'hivernage près des mares, et à la protection des tritons contre les méfaits de la route (filet ou muret empêchant aux tritons de traverser, pas d'écoulement des eaux de la route vers les mares).

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